Gagner la course contre les septicémies comme nulle part ailleurs !
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Du fait de leur sévérité, les septicémies sont particulièrement redoutées en milieu hospitalier et la prolifération des bactéries multirésistantes aux antibiotiques complexifie malheureusement davantage cette situation. Pour les cliniciens et les microbiologistes, l’essentiel est d’identifier au plus vite le micro-organisme responsable de l’infection et de déterminer l’antibiotique le plus efficace pour le combattre. Depuis plusieurs mois, le laboratoire de microbiologie des Cliniques universitaires Saint-Luc dispose d’une technique innovante (RAST), unique en Belgique, permettant d’économiser de précieuses heures dans cette course contre la montre. Explications à travers le cas de José, un patient victime d’un choc septique.
Mardi soir. José, âgé de 68 ans, se présente aux Urgences des Cliniques Saint-Luc. Il souffre d’essoufflement, de fièvre et son état général semble altéré. Voyant son état respiratoire et son état d’éveil se dégrader malgré les premiers traitements, les urgentistes contactent l’équipe des soins intensifs. « Il nécessitait notamment une oxygénation à haut débit, se souvient la Pre Virginie Montiel, Responsable des Soins intensifs. Très vite, le diagnostic de choc septique est posé et notre équipe prend rapidement le patient en charge aux soins intensifs. »
Pour bien comprendre la suite, attardons-nous un instant sur les termes. Déclenché par une infection, le sepsis se caractérise par une réponse inflammatoire généralisée et excessive de l’organisme, souvent accompagnée de fièvre, d’une accélération du rythme cardiaque ainsi que d’une respiration rapide. Dans certains cas, en plus de l’infection, on détecte la présence de bactéries pathogènes dans le sang. On parle alors de septicémie ou bactériémie. « Cette forme d’infection est particulièrement redoutée, car elle peut évoluer rapidement vers un choc septique, une défaillance circulatoire aiguë menaçant la vie du patient », insiste Virginie. Pour la septicémie, le risque de décès est estimé entre 20 et 30 %, risque qui peut doubler en cas de choc septique. De plus, pour les survivants, les séquelles sont nombreuses et parfois sévères. Elles peuvent se manifester par des troubles cognitifs et neurologiques (mémoire, concentration, humeur, stress post-traumatique), des atteintes physiques (faiblesse musculaire, douleurs, troubles de la mobilité), des lésions organiques persistantes (insuffisance rénale, atteintes respiratoires, hépatiques ou cardiaques) ainsi que des troubles métaboliques et immunitaires (fatigue chronique, susceptibilité accrue aux infections). Ces complications s’inscrivent dans le cadre du syndrome post-sepsis, qui peut se manifester plusieurs mois, voire plusieurs années après l’épisode aigu. Toutes les tranches d’âge peuvent être concernées, mais les personnes fragiles, telles que les patients immunodéprimés, les personnes âgées ou atteintes de maladies chroniques, restent les plus à risque.
Identifier la bactérie et… ses résistances !
Pour les équipes soignantes, l’urgence, c’est l’identification le plus rapidement possible du germe concerné. Mais connaître la bactérie ne suffit pas. À cause de l’usage excessif ou inadapté des antibiotiques, de plus en plus de bactéries ont malheureusement développé des résistances aux traitements. « Cela complique considérablement la prise en charge du patient, il faut non seulement identifier le germe pathogène, mais également ses résistances à certains antibiotiques », poursuit la Pre Alexia Verroken, Responsable du Département des laboratoires cliniques. Connaître les résistances s’avère crucial pour adapter, si nécessaire, le traitement antibiotique du patient et influer sur son pronostic. José reçoit une première antibiothérapie à large spectre, en attendant l’identification de la bactérie responsable de son choc septique. À partir d’un prélèvement de sang réalisé lors de son admission aux Urgences, l’équipe du Laboratoire de microbiologie de Saint-Luc effectue une hémoculture « pour déterminer la présence d’une bactérie », puis l’identifie via une technique appelée spectrométrie de masse. Douze heures après son arrivée à l’hôpital, l’hémoculture de José est confirmée positive et la bactérie identifiée. Reste à déterminer l’antibiotique qui la combattra le plus efficacement.
Se plonger dans les « puits »
Pour identifier les antibiotiques dits « sensibles » à la bactérie, donc efficaces, l’équipe de microbiologie réalise un antibiogramme. Cette analyse prenait auparavant 24 à 48 heures… « Mais depuis plusieurs mois, le service dispose d’une technique permettant de réduire cette détermination en seulement six heures, soit un gain de temps gigantesque ! », se réjouit Alexia. Mais comment ça fonctionne ? À partir de plaques spécifiques comprenant des « puits ». « Dans chaque puits, des concentrations très précises de la bactérie sont mises en contact avec des concentrations standardisées d’antibiotiques. » Le système mesure alors la croissance bactérienne via des photos prises régulièrement par microscopie. « Si un puits ne présente aucune croissance bactérienne, cela signifie que l’antibiotique fonctionne efficacement contre le germe. » À la fin du processus, un système d’analyse logarithmique dresse un tableau complet de sensibilités et de résistances aux différents antibiotiques. À partir de ce tableau, microbiologistes et cliniciens évaluent la suite de la prise en charge du patient – toujours dans l’idée d’employer l’antibiotique avec le spectre le plus étroit possible. Dans le cas de José, il souffre d’une bactérie appelée « Klebsiella pneumoniae » avec un type de résistance spécifique. Grâce à cette information, son antibiothérapie est adaptée et ce, 18 heures plus tôt grâce au nouvel instrument. « Les informations fournies par cette technique nous ont permis d’adapter immédiatement la prise en charge du patient, explique Virginie. Cela a probablement contribué à son rétablissement, tout en évitant de l’exposer à un antibiotique inadapté et donc au risque de sélection de résistances ou de réinfection ultérieure. » Quelques jours plus tard, José quitte les soins intensifs, son choc septique n’étant plus qu’un mauvais souvenir.




