Le modèle humaniste en soins infirmiers : (re)donner du sens

Depuis 2025, un groupe de travail réunit du personnel soignant de Saint-Luc et d’autres institutions de soins, des enseignants et des étudiants autour d’un même objectif : faire vivre un modèle humaniste en soins infirmiers. Une démarche pour replacer l’humain comme acteur, redonner du sens à la pratique et renforcer l’identité professionnelle.

« Le modèle humaniste en soins infirmiers est validé par la littérature : il met des mots sur ma vision du métier. » « Le patient est une personne dans toute sa complexité, pas seulement un malade. » « Beaucoup de collègues souffrent du décalage entre leur idéal du métier et la manière dont elles doivent parfois le pratiquer. » « L’infirmière doit être reconnue comme partenaire de soins et faire valoir son expertise.» « Il y a une vraie différence entre ce que nous apprenons à l’école et ce que nous vivons sur le terrain. » « Il faut voir le patient dans sa globalité : comment se sent-il ? a-t-il mal ? est-il fatigué, stressé ? comment vit-il son hospitalisation ? ose-t-il exprimer ses inquiétudes ? »

Autant de réflexions qui montrent combien le modèle humaniste en soins infirmiers peut aider à remettre l’humain au cœur du soin.

L’anamnèse infirmière : première mise en pratique du modèle

Isabelle de geest, gestionnaire de projets infirmiers

L’anamnèse infirmière : première mise en pratique du modèle

L’anamnèse est le point de départ de la démarche clinique infirmière. Elle permet des soins individualisés et montre toute la richesse du rôle infirmier.

Guidé par Isabelle De Geest, gestionnaire de projets infirmiers dossier, le groupe des ambassadeurs a repensé cette étape pour y intégrer les six concepts du modèle humaniste : la personne, la santé, l’environnement, le soin, le caring et les compétences professionnelles. 

Testée avec des patients partenaires, cette nouvelle anamnèse semi-structurée, fondée sur une base scientifique et teintée d’humanisme, a suscité des réactions fortes : « Je ne me suis pas sentie infantilisée. » « On m’a écoutée. » « Je me suis senti reconnu comme partenaire de soins, pas comme un malade. »

Intégrer les étudiants : essentiel pour réduire le fossé terrain-formation

Cette démarche vise aussi à réduire l’écart entre ce qui est enseigné et ce qui est vécu en stage. Les étudiants de BAC4 ont apporté un regard neuf, renforçant la cohésion du groupe et redéfinissant ce que peut être une anamnèse infirmière aujourd’hui. « Nous étudions des modèles centrés sur la relation et la collaboration, mais nous ne les retrouvons pas toujours en stage », observe Anissa, étudiante à l’Ephec Santé. Comme le souligne Johanna, professeure : « Intégrer les étudiants est essentiel : ils sont les soignants de demain. »

Et maintenant, sur le terrain ?

Une réflexion est en cours pour tester ce modèle dans une unité pilote.

En parallèle, un cycle de formation interne intitulé « Humanisme au cœur du Soin : rencontres entre soignants pour redonner sens et souffle à nos pratiques » sera proposé au personnel en soignant en 2026.

Philippe Leroy, Administrateur délégué, et Joëlle Durbecq, Directrice du Département infirmier, soutiennent pleinement ce projet. Ils réaffirment ainsi l’importance d’une culture où la qualité des soins se mesure aussi dans la qualité des relations humaines.

La genèse du projet

La dimension humaine et individuelle de la relation entre le soignant et le patient est l’essence même de la discipline infirmière. Des valeurs qui se sont diluées. Afin de les remettre au cœur des soins infirmiers, Isabelle De Geest, Gestionnaire de projets infirmiers « dossier patient » et lauréate de la bourse « Institut Supérieur de Nursing – Deux Alice » de la Fondation Saint-Luc, travaille sur l’implémentation d’un modèle humaniste de soins infirmiers à Saint-Luc.

Depuis quelques années, les soins infirmiers vivent une crise sans précédent : perte d’attractivité de la profession, déficit de recrutement, désertion des bancs de l’école, perte de sens, insatisfaction, épuisement professionnel… Tant les patients que les infirmières expriment de la souffrance et un sentiment de perte d’humanité. 

Il est donc nécessaire et urgent de permettre aux équipes infirmières de retrouver du sens à l’exercice de leur discipline. L’implémentation d’un modèle humaniste de soins infirmiers servira de base pour replacer la dimension humaine et individuelle de la relation entre le soignant et le patient au cœur de la discipline infirmière.

« Il est temps de montrer que nous sommes spécifiques et uniques pour rendre un service particulier à une personne particulière, explique Isabelle De Geest. Et de ce fait, nous différencier de la pratique médicale et nous positionner en tant que partenaires de soins, ce qui constitue parfois un challenge dans un hôpital général universitaire où la technicité dans les soins occupe une place importante. » En partenariat avec des écoles de soins infirmiers, Isabelle De Geest s’emploie à poser les bases de ce modèle aux Cliniques. « J'ai tout d’abord réalisé l’analyse des valeurs portées par les membres du personnel du Département infirmier et des écoles de soins infirmiers. J'ai ensuite mis en place une équipe d’ambassadeurs représentatifs des différents métiers du DI et des écoles partenaires. » Ces derniers ont bénéficié d’une formation sur le modèle humaniste des soins infirmiers, à l’issue de laquelle des groupes de travail ont été organisés pour réfléchir avec les acteurs de terrain sur des thématiques concrètes.