Recherche Saint-Luc - UCLouvain : découverte d’une bactérie protectrice contre le covid long
- Des scientifiques de l’UCLouvain et des Cliniques universitaires Saint-Luc mettent au jour le rôle protecteur d’une bactérie, qui pourrait prévenir le covid long
- Moins abondante dans le nasopharynx des personnes qui développent des symptômes qui persistent dans le temps (covid long), cette bactérie offre une piste potentielle à la création d’un probiotique, administré sous forme de spray nasal
- Avec près de 400 000 Belges souffrant du covid long, cette découverte majeure, publiée dans Microbiology Spectrum, répond à un vrai problème de santé publique
Près de 400 000 Belges (4 % de la population belge) souffrent encore du covid long¹. A l’échelle mondiale, selon l’OMS, environ 6 % des personnes atteintes du covid-19 présentent ensuite une forme prolongée de la maladie. Autant de chiffres qui démontrent que la forme longue de la maladie reste problématique, en passe de devenir un défi majeur en termes de santé publique.
Dès 2021, en pleine pandémie de covid-19, l’UCLouvain et les Cliniques universitaires Saint-Luc lancent une vaste étude afin de déterminer s’il est possible de prédire, durant l’épisode aigu de l’infection, le développement des symptômes persistants dans le temps. Avec, in fine, comme objectif de mieux comprendre les mécanismes sous-jacents et éventuellement y apporter une solution thérapeutique préventive.
Après 5 années de recherches, les scientifiques ont découvert le rôle central d’une bactérie, Dolosigranulum pigrum, naturellement présente dans le microbiome respiratoire, qui, lorsqu’elle est couplée à d’autres bactéries, est associée à une diminution de la persistance de symptômes définissant le covid long.
Concrètement, Jean Cyr Yombi, Leïla Belkir et Julien De Greef, infectiologues aux Cliniques universitaires Saint-Luc et professeur·es à l’UCLouvain, ont analysé la sévérité des symptômes du covid long auprès de 156 patient·es, principalement une fatigue intense, des troubles cognitifs et des atteintes respiratoires (essoufflement). Ensuite, Laure Elens et Patrice Cani, professeur·es à l’UCLouvain et Bradley Ward, post-doctorant au Louvain Drug Research Institute de l’UCLouvain, ont analysé, grâce à des prélèvements sanguins et des frottis nasopharyngés, les signatures moléculaires associées à cette forme sévère de la maladie, une conjonction d’éléments invisibles qui permettent de comprendre pourquoi ces symptômes persistent chez certain·es patient·es et pas chez d’autres.
Résultats ? Selon les scientifiques de l’UCLouvain et des Cliniques Saint-Luc, « cette étude suggère que certaines bactéries, dites protectrices, du microbiome respiratoire pourraient être liées à une meilleure récupération après des infections virales respiratoires (comme le covid long ou la grippe), et que leur altération (notamment dans le contexte d’infection sévère ou de traitements antibiotiques non-ciblés) pourrait influencer l’évolution clinique à plus long terme. » En clair, lorsque la bactérie est abondante, elle protègerait d’un covid long ou d’une grippe sévère (par un mécanisme qui reste encore à élucider). A l’inverse, lorsqu’elle est peu présente dans le corps, les scientifiques observent une prédisposition à développer une forme persistante de la maladie.
La bonne nouvelle, c’est que l’action protectrice de cette bactérie était déjà connue dans le cadre de la grippe infectieuse. Cette nouvelle découverte, publiée dans la revue scientifique Microbiology Spectrum, vient donc renforcer le rôle potentiellement bénéfique de cette bactérie Dolosigranulum pigrum et permettra, les scientifiques l’espèrent, d’accélérer la recherche dans ce domaine et envisager de nouvelles stratégies thérapeutiques avec la perspective du développement d’un probiotique, sous forme de spray nasal par ex., à prendre en amont de la saison hivernale, afin de protéger la population des maladies infectieuses sévères telles que le covid-19 ou la grippe.
Autre constat important de cette étude, l’impact des antibiotiques non-ciblés sur la capacité du microbiome respiratoire à se défendre contre les infections sévères. Et donc, l’importance d’une régulation de l’utilisation des antibiotiques.
Cette recherche a impliqué le consortium HYGIEIA de l’UCLouvain et des Cliniques universitaires Saint-Luc et a été rendue possible grâce au soutien du Sofina Covid Solidarity Fund et au partenariat de la Fondation Saint-Luc, du FNRS (via un crédit urgent de recherche) et WEL Research Institute de la Région wallonne.
¹ Le covid long, c’est un ensemble de symptômes qui apparaissent pendant ou après avoir contracté le covid-19, qui durent au moins 2 à 3 mois, qui peuvent toucher plusieurs parties du corps et qui ne sont pas causés par une autre maladie. Il touche en particulier les femmes entre 45 et 54 ans.




