Première mondiale : procédure innovante en transplantation hépatique
Le Centre de transplantation des Cliniques universitaires Saint-Luc a réalisé une procédure innovante dans le cadre d’une greffe hépatique : un greffon partiel issu d’un donneur à cœur non-battant et conservé dans une machine de perfusion a été utilisé avec succès chez une patiente de 48 ans présentant des métastases hépatiques colorectales non résécables. Il s’agit d’une première mondiale dont les résultats ont été publiés dans la revue de l’AASLD (American Association for the Study of Liver Diseases).
Depuis plusieurs années, la transplantation hépatique souffre d’un manque récurrent de donneurs, entrainant des durées étendues sur liste d’attente, des complications et une mortalité plus élevée chez les patients. Afin d’augmenter le nombre de greffons éligibles, de nombreuses recherches ont exploré de nouvelles techniques chirurgicales et de perfusion.
En 2021, les Cliniques Saint-Luc ont développé une procédure chirurgicale pour traiter des patients atteints de métastases multi-focales d’origine colorectale au niveau du foie. Il s’agissait d’une transplantation d’un greffon provenant de donneur vivant en deux temps : première implantation d’un greffon partiel avec déviation de la veine porte afin d’augmenter le volume de ce greffon ; résection de la partie métastasée dans un second temps, lorsque la partie saine a atteint un volume suffisant.
En 2024, le Centre de transplantation des Cliniques Saint-Luc a réalisé une procédure similaire mais dont le greffon était cette fois issu d’un donneur cadavérique à cœur non-battant, prélevé en entier, connecté à une machine de perfusion hypothermique oxygénée et « divisé » ex-situ : le foie gauche alloué à la procédure auxilliaire, le foie droit à un autre receveur standard. Il s’agit d’une première mondiale dont les résultats ont été rapportés dans la revue de l’AASLD (American Association for the Study of Liver Diseases).
La perfusion pour réduire les complications
Il existe deux modalités de prélèvement d’organe cadavérique. La première chez les patients en mort cérébrale déclarée où le prélèvement est réalisé « à cœur battant » et la deuxième où une mort cérébrale ne peut être démontrée mais dans laquelle un arrêt des systèmes de supports implique un arrêt respiratoire, puis cardiaque. Ces derniers prélèvements multi-organes doivent alors attendre un arrêt cardiaque avant d’être initiés. Pendant longtemps, les organes issus de donneurs à cœur non-battant ont été considérés trop à risque de complications (lésions des voies biliaires secondaires à la phase d’ischémie chaude chez le donneur) pour les transplantations. Dans le cadre de la procédure, le greffon hépatique a directement été placé dans une machine de perfusion hypothermique oxygénée et a été subdivisé ex-situ en deux greffons.
L’un des greffons a été implanté chez une patiente de 48ans qui présentait des métastases hépatiques colorectales non résécables. Grâce à une déviation de la veine porte, ce greffon a suffisamment augmenté son volume pour permettre une résection du foie malade 11 jours plus tard. L’évolution de la patiente a été particulièrement favorable. Elle n’a pas souffert de complications biliaires, de rejet ou encore de fibrose et 15 mois après la procédure, elle était en rémission oncologique.
Le potentiel des donneurs à cœur non-battant
Après plusieurs mois, l’équipe de Saint-Luc a constaté que les paramètres hémodynamiques n’étaient pas significativement différents d’un protocole similaire avec un donneur vivant. Cette procédure démontre que les greffons partiels issus de donneur à cœur non-battant peuvent être employés en toute sécurité dans le cadre de cette chirurgie en deux temps. L’emploi de la machine de perfusion a été déterminante pour la vitalité du greffon lors de la subdivision.
Ces résultats, particulièrement encourageants, ouvre des perspectives intéressantes pour l’accès à la transplantation de certains patients spécifiques.
Une distinction internationale pour le Pr Jan Lerut
Le Pr émérite Jan Lerut, responsable du centre de transplantation des Cliniques universitaires Saint-Luc pendant près de 25 ans (de 1991 à 2016), vient d’être récompensé pour l’ensemble de sa carrière dans le domaine de la transplantation hépatique. Il s’est vu décerner le très prestigieux Thomas E. Starzl award,.
Cette distinction met en lumière la contribution du Pr Lerut au développement de l’activité de transplantation hépatique aux Cliniques universitaires Saint-Luc, désormais un centre de référence international.
Le prix Thomas E. Starzl a été créé en 1996 par l’Université de Pittsburgh afin d'honorer les travaux du Dr Thomas E. Starzl puis des leaders nationaux et internationaux pour leurs contributions significatives dans les domaines de la transplantation d'organes et de l'immunologie.




