Quand le foie souffre, les muscles parlent
À l’occasion de la Journée mondiale du foie, ce 19 avril, les Cliniques universitaires Saint-Luc souhaitent attirer l’attention sur les liens qui unissent cet organe au… muscle squelettique. Ces liens ont notamment été illustrés dans deux études prospectives récentes menées à Saint-Luc : l’une portant sur la maladie stéatosique du foie, l’autre sur la maladie hépatique terminale.
Entre le foie, usine métabolique indispensable à la vie, et les muscles squelettiques, moteurs des mouvements, s’opère un dialogue silencieux mais potentiellement essentiel pour déceler certaines pathologies du foie.
Deux études prospectives récentes menées aux Cliniques universitaires Saint-Luc ont mis en évidence les liens qui unissaient le foie et le muscle squelettique : la première portant sur la maladie stéatosique, la deuxième sur la maladie hépatique terminale.
Plus de graisse, moins de muscle
Caractérisée par l’accumulation de graisse au niveau du foie, la maladie hépatique stéatosique peut être liée à un surpoids ou à la consommation excessive d’alcool. Elle risque de mener à la fibrose. La première étude a mis en évidence que les muscles faiblissaient également durant ce processus et ce, bien avant le stade de la cirrhose.
150 patients atteints de stéatose ont été comparés à 30 personnes en bonne santé. La fragilité musculaire a été évaluée par dynamométrie isocinétique (technique pour mesurer la force des jambes) et par indice de fragilité hépatique (trois exercices basiques : force de préhension du poignet, lever de chaise et équilibre). Résultats ? L’indice de fragilité hépatique corrèle parfaitement avec les mesures de dynamométrie. En outre, les patients atteints de stéatose hépatique ont un indice de fragilité hépatique significativement plus élevé que les personnes saines.
Des outils pour prédire les risques
La deuxième étude concernait les patients en attente de transplantation, le seul traitement curatif pour la cirrhose avancée. Elle a démontré que l’évaluation de la qualité et de la fonction musculaires améliorait la prédiction des risques de mortalité et de morbidité pour les patients en attente de greffe.
Chez 108 patients atteints de cirrhose, trois paramètres ont été analysés : la réduction de la masse musculaire, l’infiltration graisseuse du muscle et la fragilité (évaluée par l’indice de fragilité hépatique). 34% des patients présentaient de l’infiltration graisseuse dans le muscle, 31% une réduction de la masse musculaire et 20% ont été classés comme fragiles. Ces anomalies musculaires, souvent sous-estimées, sont pourtant étroitement liées à la sévérité de la maladie hépatique et à son évolution.
Enfin, l’étude a établi un lien fort entre l’infiltration graisseuse du muscle et la mortalité. La dégradation de la qualité musculaire, due à l’infiltration graisseuse, constitue donc un marqueur plus robuste que la simple quantité de muscle pour prédire le pronostic des patients. Ces outils, faciles à mettre en oeuvre en pratique clinique, pourraient donc compléter l’évaluation globale du patient et optimiser la prise en charge.
Identifier les patients à risque
Ces deux études soulignent l’intérêt d’intégrer un dépistage systématique de la qualité et de la fonction musculaire en cas de stéatose et dans le bilan pré-greffe. Ce dépistage pourrait améliorer l’identification des patients à risque.
Elles ouvrent également la voie à des projets de recherche visant à améliorer la qualité des muscles en cas de stéatose et la préhabilitation à la chirurgie chez les patients en attente de greffe de foie.




